« C’est une triste réalité pour un barde. Car nous préférons que nos héros soient purs, vois-tu – des hommes dorés, des demi-dieux sans faille. Tout comme nous préférons nos vilains ignobles et le cœur noir. Quand les gens sont assis dans une taverne à siroter leur bière, écoutant un poète les régaler d’une histoire épique, ils n’ont pas envie de penser. Ils ne veulent pas que leur plaisir soit entaché de gris. Non, ils veulent du noir sinistre et du blanc immaculé. Est-ce que les femmes sont différentes ? Non plus. Forcées par leurs pères – parfois même vendues – à une vie de servitude et de corvées, elles ont besoin de croire que les héros existent. Elles regardent les traits plats et quelconques de leurs maris et rêvent d’hommes aux cheveux d’or qui tueraient des dragons pour elles. »

Si l’an dernier, j’avais découvert David Gemmell à travers Troie – Le Seigneur à l’arc d’argent, une de ses séries dont j’ai beaucoup apprécié ce premier tome, je suis beaucoup plus mitigée avec cette deuxième lecture de cet auteur.

Dans un cycle différent, où l’action se passe dans les Highlands, Owen Odell est barde, a été barde dans sa jeunesse. Et au commencement de l’histoire, il est vieux et sait sa mort proche lorsqu’un jeune arrive chez lui pour connaitre l’histoire, et son fin mot: celle de l’étoile du matin, devenue légendaire. Pourtant derrière cette légende, se cache une histoire bien sombre et loin d’être aussi héroïque qu’a pu le rapporter le barde. Car avant d’être l’étoile du matin, Jarek Mace est un voleur, un brigand, flirtant à la limite du viol, toujours violent, fuyant malgré tout les mauvaises passes. Le barde, bientôt mort, retracera avant sa fin l’histoire vraie, comme elle s’est réellement passée, de l’Etoile du matin et de sa troupe et comment ils ont réussis à battre les vampyres sur fond de magie.

Je suis mitigée parce qu’il y a de bonnes pistes, des idées bonnes, un environnement qui fait qu’on se laisse porter volontiers.

Mais j’ai eu beaucoup de mal, à cause des personnages et du ton employé. Je sais le monde de la fantasy très masculin. Et si des personnages essentiellement masculins ne me dérangent pas outre mesure dans les romans fantasy, ici c’était trop et la prise de position (voulue ou non par l’auteur au moment de l’écriture) m’a clairement gênée.

Ici, même le plus lâche des hommes vaut limite mieux que les femmes. Et ces dernières sont peu présentes et mal présentes. Sur trois femmes « principales » et une loin « secondaire », on à affaire à du cliché pur et dure: la sorcière vieille qui fini au bûcher parce que les sorcières sont mauvaises (mais pas les sorciers, hein faut pas mettre tout le monde dans le même sac), on a aussi la petite jeune muette (c’est bien pratique, au moins elle se plaint pas hein) qui a été violée jeune et qui sert de pute aux premiers passants et la none hargneuse qui rejette tout mais qui, oh miracle!, tombe amoureuse du gentil méchant.

Les hommes ne sont pas en reste. Le barde a réussi à m’arracher les cheveux à distance. Magique. Toujours dans le jugement, sans jamais se remettre en question, et trop lisse, trop « pur » dans le mauvais sens. Jarek Mace aurait potentiellement pu me plaire (passion méchants) mais là aussi, présenté comme potentiellement loin d’être blanc, il reste malgré tout trop lisse comme si l’auteur avait juste voulu lui donner une étiquette juste pour l’idée et pour l’opposer au barde. Alors, certes, il est voleur et menteur, et toujours prêt à récolter l’or sans se porter en avant des batailles, mais reste trop lisse, trop superficiel. Il y aurait pu avoir une vrai bataille sur lui, en lui, entre le bien et le mal, entre moral et amoral, ce qui lui aurait fait gagner en épaisseur, malheureusement, on a eu plus affaire à un petit gamin con et capricieux qui change de de cap au dernier moment parce qu’il serait peut-être bon de mourir sous les applaudissements.

L’histoire elle-même a quelques points faibles pour moi dans sa construction, et si le rythme est globalement bon dans son ensemble, je regrette de ne pas avoir eu plus les vampyres, ces grands méchants, plus en avant dans l’histoire car je n’ai pas ressenti plus de menace de leur part que ça. De plus, les scènes qui auraient pu être plus importantes auraient gagnées en épaisseurs si elles avaient durées un poil plus longtemps.

Loin de vouloir descendre le livre, je pense qu’il a des bons points mais qui sont fortement cachés par ces points trop présents. J’aime l’imaginaire et peut-être que j’en ai trop lu auparavant, ce qui fait que je n’adhère pas ou plus aux mécanismes comme ceux de ce roman. Il reste accessible malgré tout à la lecture et permettra certainement à des gens qui n’en ont pas l’habitude de se lancer dans ce genre littéraire.

De David GemmellChez BragelonneLe 17 janvier 2018 (ed. des 30ans)

« Mais avant ça, je voudrais vous raconter l’histoire telle qu’elle s’est réellement passée, et pas comme les gens la racontent aujourd’hui. Car j’étais barde, et c’est moi qui ai écrit la légende de Jarek Mace, celui qu’on appelait l’Étoile du Matin. J’étais à ses côtés lorsqu’il a combattu les rois vampyres et s’est dressé face à l’envahisseur angostin. Mais je n’ai jamais dit toute la vérité. Jarek Mace n’était pas un héros. C’était un voleur et un menteur, un homme qui aurait égorgé sa propre mère pour le prix d’un bon repas.

Ceci est l’histoire d’un homme.

Et de sa rédemption… »

9 commentaires sur « L’étoile du matin »

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